Good enough?

Mon séjour à Montréal lors des rencontres Dramaturgies en dialogue aura été à la fois enrichissant et un peu frustrant. Enrichissant à cause des rencontres et des textes présentés. J’ai apprécié le talent et la rigueur des auteurs, ainsi que le travail des comédiens et des metteur(e)s en lecture. J’ai bien aimé le buzz tout au long de la fin de semaine. Le buzz de la création, de la découverte de nouveaux textes et de l’audace des auteurs. Quelle belle rencontre avec ces Allemands! 120 pièces de théâtre par année, à Berlin seulement…

La frustration vient du fait qu’ici en Ontario français, on est si loin de tout ça. L’Ontario, où la quête de l’excellence administrative et communautaire dépasse de loin la quête d’excellence artistique chez nos bailleurs de fonds.

En Ontario, le théâtre engagé est une bête en voie de disparition. Pourtant, c’est du théâtre engagé qu’est née la dramaturgie franco-ontarienne. De nos jours, on se satisfait de pouvoir exister en français et de brouter dans un pâturage mou, malodorant et bien cultivé par un conseil des arts qui évalue la qualité artistique au même titre que l’efficacité organisationnelle. Oui, oui, vous avez bien compris : 50% de la « note » d’évaluation va à l’artistique et 50% va à l’administration. Un artiste qui met la barre moins haute mais qui est conforme aux attentes administratives et est de plus rentable, peut jouir d’un financement plus élevé qu’un artiste qui vise l’excellence artistique mais qui répond moins bien aux exigences administratives du bailleur de fonds. Il faut souligner ici que les critères administratifs, surtout ceux qui récompensent un développement de public et une présence accrue dans la communauté et en milieu scolaire, n’encouragent pas nécessairement un développement de théâtre. On ne cherche qu’un taux élevé de participation, quelque chose de quantifiable. Si on peut comptabiliser le nombre d’activités, on peut rassurer la population qu’on s’occupe des arts et de la culture. Si les artistes se contentent de travailler dans ces conditions, de peur de mettre en péril l’appui qu’ils reçoivent, le théâtre engagé est bel et bien mort en Ontario.

Quand on parle de culture en Ontario: « Its not just good, its good enough »

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Photos des rencontres et invités

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Dramaturgies en dialogue à travers le blogue d’Emile Lansman

Emile Lansman, éditeur et observateur privilégié du théâtre et de la littérature (dramatique) francophones, souhaite vous faire partager une part de ses activités de terrain, attirer votre attention sur des informations qui pourraient vous intéresser et dévoiler ses coups de coeur : lieux visités, spectacles, lectures, événements, personnalités…

Après avoir suivi tous les événements de Dramaturgies en dialogue, nous vous invitons à lire son blogue pour faire un retour sur une semaine bien remplie.

http://emile08.blogspot.com/

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Marilyn Perreault en vitrine

TROIS CONSEILS POUR JEUNES AUTEURS
Bien qu’étant aussi «en herbe» que les auteurs qui liront ces conseils, je fais une Miss penseuse de moi-même et vous écrit ceci.
  • La réécriture est une bête noire qu’il faut prendre à petites doses, que quelques heures par jour sinon on se retrouve avec un Frigidaire vide, un gros mal de coeur d’avoir mangé tout ce qu’il y avait dedans, un appartement trop bien rangé parce qu’on a fait le ménage à grandeur avant de se mettre au travail.  La réécriture est une série de petits noeuds à dénouer.  Un par jour.  Au lieu de tourner en rond dans l’appartement pour savoir comment dénouer le noeud du jour, pourquoi ne pas aller faire un tour d’autobus, aller voir un show ou toutes autres activités qui bougent.
  • Pour moi, les moyens de transport sont mes meilleurs amis quand je ne trouve pas de solution à un texte écrit ou à écrire.  Non seulement les moyens de transports avancent (s’ils reculent, c’est que problème il y a) vers un but et donc nous donnent l’idée de progression. Ils amènent aussi un sentiment de nostalgie propice à l’écriture.
  • Se dire que les dead line existent pour mettre une date soit sur la fin d’un rêve ou d’un cauchemar, L’important, c’est que ça se termine.
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Étienne Lepage en vitrine

Mens, vole, triche : plaidoyer contre la vérité, l’honnêteté et la sincérité.
Trois conseils pour les auteurs qui n’ont pas peur d’aller du côté obscur de la force.

Mens. Ne te bâdre pas de dire ce qui est vrai, de rendre un portrait fidèle. Déçois. Trompe. Mens à tes semblables, à tes parents, à ta mère, surtout, que ses yeux brillent de fierté à ton égard. Ne cherche pas à prouver ce que tu dis, à mettre en lumière. Mens. Refuse de rendre justice. Ne perds pas ton temps avec tout ça. Tu n’as pas besoin de dire la vérité. Tu n’es pas tenu de dire la vérité, si l’on croit ton mensonge. La vérité est morne. Vrai est le cri de l’âne. Vrai est le frisson de la brebis. Nous ne sommes plus capables de nous intéresser aux cris des ânes. Laissons la vérité aux policiers. Laissons la vérité aux médecins. Nous préférons les ragots de cage d’escalier. Nous préférons les choses qui se disent dans le dos, derrière les portes et sous les manteaux. Nous voulons du mensonge. La vérité est un exercice ennuyeux. Nous ne voulons pas voir du théâtre ennuyeux. Nous voulons du théâtre qui nous ment, qui nous tire la pipe. Nous voulons d’un théâtre qui vit dans des replis, qui dissimule son jeu. Nous voulons d’un théâtre qui invente, qui nous mène en bateau, qui nous abandonne sur une île déserte. Mens. Mens. Mens.

 

Vole. Tout ce qui brille, tout ce qui est tentant, tout ce qui a de la valeur, cherche à mettre la main dessus. Cherche les clés, les clés des autres. Cherche ce qui ne t’appartient pas, et prends-le. Prends les idées des autres, les mots des autres, les gestes des autres. Copie, emprunte pour ne jamais remettre. Sois criminel. Ne reste pas chez toi, autour de ta seule richesse. Tu découvriras rapidement qu’on ne vit pas, avec une seule richesse. On survit. Le théâtre ne veut pas survivre. Le théâtre veut prendre une bouchée et jeter le reste. Vole pour être plus riche. Vole pour en avoir trop. Vole aussi pour ne pas avoir de tristesse lorsque d’autres voleurs viendront tout te prendre à leur tour. Vole pour que plus rien n’appartienne aux autres, et que plus rien ne t’appartienne. Vole pour tout amener au théâtre, pour que le théâtre soit riche. Vole. Vole. Vole.

 

Triche. Utilise tout ce qui est sous ta main pour parvenir à tes fins, car la fin justifie les moyens. Jette de la poudre aux yeux. Aucune règle ne vaut la peine d’être respectée, car les règles sont faites pour être transgressées. Triche. Il peut bien exister une bonne voie pour faire les choses, nous nous empresserons d’emprunter la mauvaise. Triche. Les règles du jeu sont faites pour que les bons joueurs gagnent. Les règles du jeu sont faites pour que ceux qui gagnent déjà gagnent encore. Nous qui ne sommes pas bons joueurs, nous, qui ne gagnons pas, pourquoi respecterions-nous les règles? Pourquoi serions-nous respectueux des autres, respectueux de nous-mêmes? L’important, c’est de gagner. Laissons aux autres le soin de participer. Nous ne voulons pas d’un théâtre qui participe. Nous ne voulons pas d’un théâtre qui fait de son mieux. Nous voulons un théâtre qui gagne. Nous voulons un théâtre qui gagne à tous les coups, qui roule des dés pipés. Triche. Le théâtre n’est pas le terrain des professeurs de liturgie. Le théâtre est une invention, un Mardi gras, un laboratoire d’alchimie. Triche. Triche. Triche.
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